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Dimanche 21 février 2010 7 21 /02 /Fév /2010 16:35
couverture final

 


Prologue
(déconseillé aux moins de 18 ans, âme sensilbe s'abstenir)



 

J’avais fêté mes quinze ans un samedi 12 février et cette nuit là, il m’était arrivé quelque chose d’inimaginable.

J’attendais devant le restaurant où je venais de manger avec mes amis. Tout le monde était rentré chez soi, même les employés, ayant fini leur service, avaient quitté les lieux. À présent, j’étais seule devant l’enseigne éteinte.

Il faisait froid ce soir-là et je sentais mes joues se rafraichir et devenir rouges à mesure que le vent me balayait le visage. À chaque respiration de la vapeur s’échappait de ma bouche et malgré le manteau de cachemire noir que je portais, je sentais l’air glacial s’infiltrer sous le tissu épais. J’essayais tant bien que mal de me réchauffer en frottant mes bras, sans grand succès. J’espérais sincèrement que mon père n’allait plus tarder. D’ailleurs, je fixais sans arrêt l’extrémité de la ruelle, croyant distinguer sa Ford Mondeo à chaque voiture qui passait au coin de la rue adjacente.

Concentrée sur la contemplation des différents véhicules qui circulaient dans l’artère principale, je sursautai lorsqu’un bruit métallique retentit au loin. Mes épaules se crispèrent et je scrutai frénétiquement les alentours, mais ne distinguai rien d’autre que le trottoir encore enneigé par endroits et les quelques ombres oscillantes sous la faible lumière des lampadaires. Je m’obligeai à me détendre en me persuadant que c’était probablement un chat qui fouillait dans les poubelles. De toute façon, paniquer ne servirait à rien.

Quelques instants plus tard, des bruits de pas résonnèrent derrière moi. Sans réfléchir, je me retournai d’un bon, à l’affut, et passai en revue tout ce qui pourrait m’arriver.

Oh, bon sang ! Mais pourquoi mon père mettait-il autant de temps ?

Puis, j’aperçus la petite silhouette, représentant sans doute une femme, et je me détendis. Un instant, j’avais bien cru que c’était un voyou qui fonçait droit sur moi pour m’agresser, mais visiblement je m’étais trompée, ce qui me rassura.

Elle avançait d’une démarche franche et rapide, comme si elle était tout aussi angoissée que moi, ce qui m’arracha un sourire. Pourtant, lorsqu’elle arriva à une distance suffisamment proche de moi, je distinguai son regard noir ; elle me fusillait de ses yeux couleur d’encre. Son allure dangereuse, accentuée par sa longue chevelure ébène flottant au vent, m’arracha un frisson d’effroi tandis que mon sourire s’effaçait subitement. À plusieurs reprises, je regardai derrière moi, croyant qu’elle fixait quelqu’un d’autre, mais il n’y avait personne. Lorsque je me rendis à l’évidence, à savoir que j’étais bel et bien sa cible, il était trop tard ; elle était déjà parvenue à ma hauteur.  

Elle me poussa brutalement et je perdis l’équilibre. Avant même de réaliser ce qui était en train de m’arriver, mes fesses heurtèrent violemment le trottoir gelé tandis que ma tête cognait contre le bitume. Je gémis de douleur en essayant de me redresser, ce qui n’était pas facile étant donné que ma tête tournait légèrement, sans parler des points noirs qui piquetaient ma vision par endroits. Malheureusement, j’étais beaucoup trop lente et mon attaquante en profita pour me clouer au sol. Elle se plaça à califourchon sur moi, positionnant ses jambes de chaque côté de mon corps et prenant soin de m’immobiliser les bras à l’aide de ses genoux. L’esprit encore embrouillé, je la dévisageai, ne sachant pas très bien ce qu’elle attendait de moi. Au moment où je m’apprêtai à parler, elle sortit un Katana de son long manteau beige, et les quelques mots que je m’étais préparée à articuler s’étouffèrent dans ma gorge. Le souffle coupé par l’horreur de la situation, je commençai à avoir de nouveau les idées claires. Il fallait absolument que je trouve une échappatoire.

Malgré la douleur au creux de mes fesses ainsi que la blessure que j’avais certainement à la tête, je me tortillai dans l’espoir de me dégager de l’emprise de cette folle. Pourtant, il n’y avait rien à faire, j’étais complètement à sa merci et mes veines tentatives pour me libérer n’avaient fait qu’aggraver la souffrance que je ressentais déjà. Je perdais peu à peu espoir, espérant naïvement que quelqu’un arriverait à temps pour me sauver la vie, mais lorsque la femme agrippa son arme à deux mains et la leva au dessus de sa tête, je compris que ma dernière heure était venue. J’étais impuissante et malgré moi des larmes chaudes commencèrent à ruisseler le long de mes joues rougies par le froid.

Non ! Ça ne pouvait pas finir comme ça !

Pourtant, je voyais la lame se rapprocher dangereusement de ma poitrine pendant que mon attaquante hurlait :

      Tu vas mourir et je vais prendre ta place !

Puis, elle se mit à rire d’une façon dérangeant, comme pour accentuer l’image que je me faisais d’elle. Désemparée, je voulus crier, mais ma voix me faisait également défaut et aucun son ne sortit de ma bouche, devenue soudainement sèche. Mon cœur battait de plus en plus vite à mesure que le Katana parcourait la distance qui le séparait de mon buste paralysé. La lame entama mon manteau, mais avant qu’elle ne finisse sa dangereuse progression, une main, ornée d’une cicatrice en forme de spirale, agrippa l’épaule de la folle et la projeta à presqu’un mètre de moi. Sans réfléchir, je me redressai difficilement et m’éloignai à quatre pattes sur l’asphalte glacé. De temps à autre, un caillou s’imprimait dans ma chair et m’arrachait un petit gémissement. Lorsque j’estimai avoir parcouru une distance suffisante, je m’arrêtais pour inspecter les dégâts. Je portai une main à ma poitrine et constatai avec soulagement que la lame n’avait fait que lacérer le tissu en cachemire. Par contre, en vérifiant la bosse qui s’était surement formée sur mon cuir chevelu, je poussais un petit cri. Ramenant mes doigts poisseux de liquide visqueux devant mes yeux, je fus horrifiée de constater que je saignais de la tête.

Frigorifiée à cause de la neige fondue mêlée de boue qui maculait mes vêtements, je reportai mon attention sur le combat qui se jouait devant moi. L’homme croisa mon regard, sans doute alerté par le cri que je venais de pousser, mais reporta très vite son attention sur son adversaire, qui eut tout de même le temps d’abattre son arme. Le sang gicla du bras gauche de mon sauveur, mais s’il avait mal, il se gardait bien de le montrer. En réponse à son attaque, il lui envoya un grand coup de pied dans le ventre, ce qui la déséquilibra et l’obligea à mettre un genou à terre. Elle se maintint le ventre de sa main livre, sans pour autant capituler.

 Mais bon sang ! Qui était cet homme qui était arrivé de nulle part et qui se battait à présent contre mon assaillante ?

Depuis qu’il m’avait libérée, il se concentrait sur son adversaire, se battant tel un guerrier qui aurait fait cela toute sa vie. Il n’avait pas l’air armé, mais malgré cela, il parait les attaques de la brune avec précision et habileté comme s’il était cent fois plus fort qu’elle. Pourtant, la femme tenta un coup fatal que mon sauveur ne réussit pas totalement à éviter, et l’extrémité de la lame s’enfonça dans son flanc droit. Une plainte aigüe déchira le silence tandis qu’il agrippait le poignet de la folle et l’obligeait à lâcher son arme. Elle hurla à son tour, sans doute lui avait-il cassé le poignet, en tout cas, elle desserra sa main et je pus apercevoir l’expression menaçante de son visage déformé par la rage. Sans perdre de temps, il l’assomma de son poing libre et à mon grand soulagement, elle s’effondra au sol, sans plus de résistance. Au même moment, le Katana glissa de la plaie et tomba sur le bitume gelé dans un bruit métallique. L’homme vacilla légèrement, avant d’afficher un sourire satisfait, néanmoins crispé par la douleur. À cet instant, je voulus me relever et lui porter secours, mais il ramassa l’arme et se rapprocha du corps de la femme. Sans crier gare, il lui trancha la gorge, d’un geste rapide et précis, et la tête roula dans une gerbe de sang avant de s’écraser contre le mur. Je réprimai un haut-le-cœur, tout en retenant mon souffle devant ce spectacle abominable. Comment pouvait-on tuer quelqu’un avec autant de sang froid ? Était-ce un meurtrier finalement ? Je ne savais plus quoi penser de cet homme qui m’avait incontestablement sauvé la vie.

En pleine réflexion, je ne réagis pas immédiatement lorsque je le vis s’écrouler à son tour, adossé contre le mur, non loin de la tête. Je secouai la mienne pour me remettre les idées en place. Peu importait ce qu’il venait de faire, dans l’immédiat, je devais lui venir en aide. Et puis, vu son état, il ne risquait plus de me faire de mal. Du moins, je l’espérais. Alors même si au fond de moi j’aurais voulu partir en courant, je me redressais lentement, ignorant les énormes hématomes qui ralentissaient mes mouvements et avançais d’un pas chancelant vers celui qui m’avait évitée une mort certaine.  Lorsque je fus suffisamment proche, je constatai qu’un flot de sang s’échappait de sa blessure, maculant son pull gris de liquide écarlate, ce qui réduisait grandement ses chances de survie. Néanmoins, je devais m’assurer qu’il était toujours vivant. Ou mort.

Prenant la mesure de la situation, je respirai profondément tout en fermant les yeux pour me donner du courage. Je pouvais le faire ! Il me suffisait de tâter sa carotide afin de trouver son pouls. Je ne vous cache pas qu’en cet instant j’étais terrorisée à l’idée de toucher ce meurtrier, pourtant, je devais savoir.

Je rouvris les paupières et me penchai lentement, la main tendue vers son cou jusqu'à ce que mon doigt se presse contre la chair encore chaude. Malheureusement, aucun pouls ne battait. Sous le choc, je retirai vivement mon index et fixais les deux corps qui se trouvaient à mes pieds. Je n’avais jamais vu de morts de ma vie et cette nuit-là, j’en avais deux sous les yeux.

Tétanisée, je pataugeai dans une mare d'hémoglobine lorsque deux phares m’aveuglèrent. Je clignai plusieurs fois des paupières pour que mes yeux éblouis s’accoutument à cette soudaine lumière. Puis, quelqu’un me secoua par les épaules et je reconnus la voix de mon père, complètement affolé.

      Mélinda ! Est-ce que ça va ? Tu n’as rien ? bafouilla-t-il en m’inspectant sous toutes les coutures.

      Je… non…

Incapable de parler, je secouai la tête pour lui signifier que j’allais relativement bien. Il m’observa encore quelques secondes avant de m’enserrer dans une solide étreinte qui manqua de me briser les os. Puis, il me libéra et glissa sa main dans la poche de sa veste en velours noirs et en sortit son téléphone portable. Il composa immédiatement le numéro des secours, sans cesser de me cajoler. Ils arrivèrent quelques minutes plus tard dans un vacarme de sirènes stridentes et de gyrophares bleus. Un ambulancier vint à ma rencontre et m’enroula dans une couverture de survie tandis qu’il me guidait vers l’arrière de son véhicule pour que je puisse m’y asseoir. Mes muscles tremblaient tellement que j’avais du mal à les contrôler, mais je savais que ça n’avait rien à voir avec le froid qui me parcourait, mais que c’était plutôt à cause de mon état de choc. Après un bref check-up, le médecin m’informa que mes blessures étaient plus superficielles qu’autre chose et se contenta de nettoyer ma plaie à la tête à l’aide d’une simple compresse, sans même appliquer le moindre pansement. Toutefois, il me conseilla vivement de passer des examens pour vérifier que tout allait bien, le lendemain matin.

Un policier s’avança ensuite vers moi pour tenter de m’interroger. J’écoutai ses questions avec attention, mais ne pus m’empêcher d’éclater en sanglots, lorsque je lui résumais les évènements précis qui venaient de se dérouler. Mon père toujours aussi attentionné me tint la main pour me réconforter durant tout l’interrogatoire, mais au bout d’une heure, il pria le commissaire de me laisser tranquille. En ressortant de l’ambulance, je constatais que les corps avaient déjà été ramassés par l’équipe médicale, ce qui m’épargna une seconde vision d’horreur quand que je regagnai ma voiture, accompagnée de mon père.

 


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Voici une autre saga qui a également toutes les chances de vous conquérir: Les Sentinelles de l'Ombre écrite par Arden.


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Par Nathalie Chapouille
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